#LecturesSolidaires

En ces temps compliqués où nous devons apprendre à vivre différemment, à s'entraider, à être solidaires tout en restant séparés les uns des autres, je vous propose un peu de lecture gratuite. Sur ce blog, je posterai régulièrement des nouvelles, des poèmes et des chapitres de mes romans.

Profitez de la lecture, partagez, commentez et surtout, prenez bien soin de vous ! 🥰


La première nouvelle que j'ai décidé de vous offrir s'appelle "La sorcière aux chats".

Elle fait partie du recueil de contes Mes états d'Ama (voir sur la boutique), mais l'histoire qu'elle raconte est tirée du premier tome de ma série Nordie.

La sorcière aux chats est l'un des personnages secondaires du premier tome : Guilendria, sorti en intégrale aux éditions du Vénasque en septembre 2019.


Je vous en souhaite une agréable lecture. N'oubliez pas de laisser un petit commentaire, partagez, et revenez découvrir d'autres histoires, extraits et poèmes !



La sorcière aux chats



Ces femmes ne doutaient décidément de rien, songeai-je en me faufilant par la fenêtre entrebâillée. Il ne m'avait pas fallu une décade pour mettre au point mon plan d'évasion. J'avais très vite remarqué qu'elles accomplissaient toujours les mêmes tâches aux mêmes heures, que leurs habitudes ne déviaient jamais d'un jour sur l'autre et qu'il ne leur serait pas venu à l'esprit une seconde que l'une des pensionnaires du temple – ou prisonnière, en ce qui me concernait – ait eu des velléités de s'enfuir.

Non, parce qu'être choisie par les prêtresses, élue d'Esca et suivre le noviciat, c'était ce dont devaient rêver chacune des fillettes de Belterre… de toute la Nordie, même. Sauf moi. Certes, je reconnaissais que la vie, au temple, était bien plus facile et agréable qu'à l'extérieur. On mangeait chaque jour à sa faim, on dormait dans un lit, seule, on ne s'échinait pas au travail du matin au soir. En revanche, passer des heures, enfermée dans une salle de classe, à écouter bavasser sœur Cithare ou sœur Élégie… très peu pour moi. Je n'avais jamais aspiré à devenir prêtresse. Je voulais vivre à l'air libre, décider de ma vie et choisir qui j'aimais. Les prêtresses devaient aimer tout le monde, habitaient dans les temples et passaient leurs journées à prier, chanter et étudier. En plus, elles n'avaient pas de chats ! Je n'aurais su vivre sans animaux. Surtout pas sans chats !


Je me glissai donc en dehors du temple et filai droit vers la forêt. La nuit était claire, ce qui serait à mon avantage pour retrouver mon chemin. Cependant, une nuit claire à cette époque de l'année signifiait aussi que les températures allaient chuter sérieusement. La neige, qui recouvrait tout, étouffait le bruit de mes pas et gelait mes orteils dans les chaussures fines que nous portions au sanctuaire, néanmoins récupérer mes vieilles bottes aurait éveillé les soupçons. Une lune plus tôt, mon père m'avait emmenée avec lui à Péanne pour la foire des Grâces. Il s'y rendait chaque année afin d'y vendre les vêtements colorés que ma mère tricotait avec la laine de nos moutons. J'avais toujours rêvé de l'y accompagner et il avait toujours refusé. J'aurais dû me méfier quand il me l'avait proposé de lui-même, cette fois-là. Mon père ne faisait jamais rien pour me faire plaisir. Il fallait gagner et mériter chacune de ses faveurs. Pourtant, trop enthousiaste pour y songer, je ne m'étais pas doutée qu'il allait me trahir.


À peine arrivés à la capitale, avant même d'entrevoir les premiers fanions de la foire, nous avions arrêté la charrette